74. RÉQUISITOIRE

Le procès a lieu dans l’amphithéâtre, coupé en deux. Tous les élèves s’installent sur les gradins de l’hémicycle ainsi formé. Une grande table d’acajou a été installée sur la scène faisant face au public assis en hauteur. Athéna, en tant que juge, trône dans un fauteuil surélevé.

Comme procureur : Déméter.

Comme défenseur : Arès, qui, en tant que dieu de la Guerre, se sent solidaire du style de jeu viril de Proudhon et s’est donc spontanément désigné.

Sur le côté, neuf élèves dieux tirés au sort servent de jurés. Parmi eux Édith Piaf et Marie Curie.

— Faites entrer l’accusé, clame Athéna.

Des centaures battent tambour. D’autres font résonner des conques comme autant de trompettes.

Proudhon est amené dans une cage posée sur un chariot tiré par des centaures. Le dieu des hommes-rats protège de la main sa blessure à l’épaule qui semble encore le faire souffrir.

Un verre de ses lunettes est fendillé et sa barbe et ses longs cheveux sont ébouriffés.

Quelques élèves le huent.

Je me souviens moi-même comment ses hordes de barbares ont déferlé sur la plage où j’avais bâti mon village sur pilotis. J’ai en souvenir la destruction de ma première génération d’hommes-dauphins et la fuite in extremis sur le bateau de la dernière chance. Je conserve en mémoire les images de ses mortels s’acharnant pour rendre les miens encore plus mortels. Combat de nuit, combat désespéré. Cependant, je n’oublie pas que, grâce à ce malheur, j’ai pu créer ma cité idéale sur l’île de la Tranquillité.

Proudhon passe la tête entre les barreaux de sa cage.

— Je suis innocent, vous m’entendez ! Je suis innocent, ce n’est pas moi le déicide.

Proudhon est tiré de la cage et placé face au trône d’Athéna. Il ressemble ainsi aux images qu’on voit dans les livres d’histoire. Vercingétorix amené face à César.

Les centaures l’obligent à s’agenouiller.

Athéna sort son maillet d’ivoire et frappe pour réclamer le silence dans l’assistance.

Accusé : Proudhon Joseph. Dans votre dernière défroque de mortel, vous étiez…

Athéna ouvre un dossier et inspecte différentes pages.

— Ah, voilà. Né sur Terre 1, en France, à Besançon en 1809 selon le calendrier local, d’un père garçon brasseur et d’une mère cuisinière.

Il approuve. Pour ma part, je ne vois pas ce que son passé a à voir avec son procès actuel. Fait-on le procès du déicide en Aeden ou celui de l’anarchiste en France ?

— Vous avez effectué de brillantes études que vous avez interrompues, pour quelles raisons ?

— Financières. J’avais une bourse qui est arrivée à échéance.

— Je vois. Vous avez ensuite multiplié les petits emplois, typographe, artisan imprimeur, et déjà vous faites grève.

— Les conditions de travail étaient déplorables.

— Vous prenez des positions politiques fermes. La prison, l’exil, la misère, voilà ce qu’aura été votre départ dans la vie, n’est-ce pas… Pourtant vous écrivez. Notamment un essai très érudit, une grammaire comparée de l’hébreu, du grec et du latin. Pourquoi n’avez-vous pas poursuivi ?

— Mon éditeur est devenu fou, son imprimerie a fait faillite.

Athéna poursuit, imperturbable :

— Vous concevez ce que vous appelez un socialisme scientifique dans Qu’est-ce que la propriété ? et puis vous entrez en anarchie, vous vous définissez comme anticapitaliste, antiétatiste, et antithéiste. Vous développez votre vision dans plusieurs livres, dont La Philosophie de la misère, vous montez des journaux pour finalement mourir de congestion pulmonaire à 56 ans.

Elle range ses papiers puis ouvre un autre dossier. C’est vrai, une vie ce n’est que ça. Rien que ça, même pour un grand politicien comme Joseph Proudhon.

— Vous êtes accusé d’homicide volontaire sur les personnes de :

« Claude Debussy.

« Vincent Van Gogh.

« Béatrice Chaffanoux.

« Marilyn Monroe.

« Plus une tentative d’homicide sur la personne de Michael Pinson.

Tout le monde se tourne vers moi. Certains chuchotent. Mata Hari me prend la main pour bien montrer à tous qu’elle est solidaire.

— Joseph Proudhon, vous avez enfreint ainsi l’une des quatre lois sacrées de l’Olympe. Celle qui interdit toute violence et a fortiori tout crime dans ce sanctuaire. Vous êtes donc accusé de déicide. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

— Je ne suis pas le déicide. Je suis innocent.

Il est en sueur et, ses lunettes cassées glissant sur l’arête de son nez, il est obligé de les relever plusieurs fois.

— Comment expliquez-vous dans ce cas votre blessure au bras ?

— Je faisais la sieste tranquillement chez moi lorsqu’une douleur à l’épaule m’a soudain réveillé. Quelqu’un est venu dans ma villa et m’a tiré à bout portant dans l’épaule durant mon sommeil.

L’assistance réagit. Difficile à avaler comme alibi, mais que peut-il dire d’autre ?

— Il n’y a pas de témoin de votre repos, n’est-ce pas ?

— Je n’ai pas l’habitude de convier des gens dans ces moments-là, tente-t-il de plaisanter.

— Et comment expliquez-vous que vous faisiez la sieste alors que le tocsin était en train de sonner pour demander aux élèves de venir précisément montrer leurs épaules ?

— Je… je m’étais mis de la cire d’abeille dans les oreilles pour dormir car cela fait plusieurs nuits que je ne trouve pas le sommeil.

— Et qui vous aurait tiré dessus ?

— Quelqu’un qui voulait me faire accuser à sa place. Le vrai coupable. Le déicide. Et vous avez évidemment cru à cette mystification.

Rumeur dans la salle. Athéna tape du maillet pour rétablir le calme.

— Donc, selon vous, le vrai déicide, blessé, surgit chez vous, vous trouve endormi à cause de vos bouchons de cire, vous tire dans l’épaule à bout portant et s’enfuit.

— Exactement.

— Et vous l’avez vu ?

— Vous savez, dans ces moments-là vous ne pensez pas à poursuivre votre agresseur. J’ai vu sa silhouette qui s’éloignait. Il me semble qu’il arborait une toge blanche plutôt sale. Ça a été très rapide.

— Pourquoi n’avez-vous pas crié quand il vous a tiré dessus ? On vous aurait entendu.

— Je ne sais pas. Peut-être que j’ai l’habitude de serrer les dents quand j’ai mal.

Athéna adopte une mine sceptique.

— Pourquoi vous êtes-vous caché sous votre lit lorsque les centaures sont venus vous chercher ?

— Je croyais que mon agresseur revenait.

Face au peu de crédibilité de ses arguments, quelques élèves sifflent.

— Mais vous avez dû entendre les sabots des centaures, vous auriez dû être rassuré que ce soit les forces de l’ordre protégeant votre logis.

Un maigre sourire étire ses lèvres.

— Vous savez, avant, j’étais anarchiste. Pour nous, anarchistes, l’arrivée de la police n’a jamais été un facteur rassurant.

Athéna affiche un regard dur.

— Vous avez parlé de toge blanche. Donc selon vous, votre agresseur serait un élève. Tous les élèves sont ici. Comment expliquez-vous que le « vrai » assassin touché par Michael, lui, ait pu faire disparaître sa blessure alors que la vôtre apparaissait ?

— Je n’ai pas d’explication autre que celle que je viens de donner. Je suis conscient que les apparences jouent en ma défaveur, admet le théoricien de l’anarchie en relevant une fois de plus ses lunettes d’écaille.

— Bon, j’appelle à la barre le principal témoin.

Athéna consulte ses papiers comme si elle avait oublié mon nom.

— Michael Pinson.

Je descends des gradins. À nouveau me revient la phrase qui a bercé ma vie : « Mais au fait qu’est-ce que je fais là ? » De manière étrange, je n’arrive pas à en vouloir à Proudhon. Peut-être parce que je suis heureux avec Mata Hari. C’est étrange, cette absence de colère en moi.

Proudhon baisse la tête. L’énoncé de sa dernière vie de mortel me l’a rendu plus « humain ». Ce fils de pauvre s’est élevé tout seul, a voulu lutter pour plus de liberté pour les hommes. Même si son combat a un peu dérapé, il a au moins essayé une voie. L’anarchie.

Je me place face à Athéna, alors que Proudhon est invité à s’asseoir sur un siège latéral.

Témoin Pinson, veuillez jurer de dire la vérité et rien que la vérité.

Je dirai la vérité. Tout du moins celle que je connais, précisé-je.

— Racontez-nous les faits.

— J’étais au lit. J’ai entendu du bruit dans le salon. Je suis tombé nez à nez avec quelqu’un qui fouillait dans mes affaires. Il était sur le point de me voler l’Encyclopédie. Il portait un masque de théâtre tragique. Il a déguerpi.

Rumeur dans l’assistance.

— J’ai saisi mon ankh, je l’ai poursuivi. J’ai pu ajuster un tir qui l’a touché à l’épaule, ensuite je l’ai perdu de vue dans une impasse. J’ai cherché et j’ai trouvé un passage qui menait sous la muraille en forêt.

— Reconnaissez-vous l’accusé ?

— Je vous l’ai dit, il avait un masque. Je n’ai pas vu son visage.

— Était-ce tout du moins un individu de la taille et de la corpulence de notre accusé ?

— Avec les toges il est difficile de juger.

Athéna me remercie et demande au procureur Déméter d’entamer son réquisitoire.

La déesse des récoltes se lève et prend l’assistance à témoin.

— Je crois que le crime de Proudhon est l’œuvre d’un pur génie du mal. Sous des allures de dandy cynique, cet élève n’avait qu’une envie : éliminer ses concurrents pour être sûr d’être le seul à terminer le match de divinité. Déjà au sein de la partie d’Y nous avons pu constater son instinct meurtrier.

Déméter retrousse un pan de sa toge jusqu’à l’épaule. Elle pointe son doigt vers l’accusé.

— Son peuple est comme lui. Des rats qui servent un dieu rat. Et comme les rats, il ne respecte que la force et ne connaît que le langage de la violence. Il a tué froidement, et si nous ne l’avions pas arrêté il aurait continué à assassiner l’un après l’autre tous les élèves jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul survivant.

La phrase secoue l’assistance.

— Cet homme est cohérent. Un dieu criminel qui a créé un peuple criminel.

— Je suis innocent, murmure Proudhon.

— Et c’est aussi un transgresseur des lois de l’Olympe et un tricheur au jeu d’Y que je voudrais qu’on condamne aujourd’hui. C’est pourquoi je réclame aux jurés une punition exemplaire. Il a été question du supplice de Prométhée…

— Je ne suis pas le déicide, répète l’accusé.

Athéna tape du maillet pour calmer l’assistance.

— Je ne pense pas que cela soit la bonne punition, poursuit Déméter. Car… elle est trop douce.

Athéna opine de la tête.

— Le crime de Proudhon est bien pire que celui de Prométhée. Il a troublé l’ordre d’une classe, il a tué à l’intérieur d’une zone sanctuaire, il a défié les Maîtres dieux alors même qu’il savait ce qu’il risquait. Il nous a défiés, que dis-je, il nous a nargués. Aussi j’aimerais, madame la juge, que nous trouvions une punition bien plus édifiante. Je veux que ce procès soit un exemple afin que tout le monde sache, pour cette promotion mais aussi pour toutes celles à venir, ce qui est arrivé ici et comment ce crime a été châtié. Faisons preuve d’inventivité pour infliger à Proudhon un supplice qui refroidisse à jamais tous les déicides potentiels.

— Vous pensez à quoi, Déméter ?

La déesse des moissons hésite.

— Pour l’instant à rien de spécial. Je pense qu’il faudrait presque lancer un concours de la pire punition possible.

— Merci, madame le procureur. La parole est maintenant à la défense.

Arès vient à la barre.

— Je voudrais tout d’abord exprimer qu’il m’apparaît normal, vu l’ennui qui règne dans cette école, que des élèves veuillent faire un peu d’« animation ».

Quelques huées dans la salle.

— Moi, je comprends très bien M. Proudhon. Quand il était mortel, en tant que politicien, il a combattu le système sclérosé de son siècle. Il est donc logique qu’ici aussi il ait eu envie de remuer les choses. Après tout, l’Olympe a de plus en plus tendance à ressembler à un club de vieilles dames qui prennent leur thé en levant le petit doigt et en discourant de la guerre et de la recette du pudding.

Quelques professeurs s’insurgent.

— Moi je n’ai pas peur de le dire, j’ai parfois l’impression d’être dans un poulailler rempli de volailles déplumées. Même si le temps n’a pas eu de prise sur leur physique, il en a eu sur leur mentalité.

Nouvelles protestations. Juste à ce moment, quelques Maîtres dieux qui n’étaient pas encore arrivés entrent dans l’hémicycle. Aphrodite n’est pas parmi eux.

Athéna leur fait signe de s’asseoir pour ne pas perturber la plaidoirie de l’avocat.

— Je disais donc que je comprends Proudhon. Il arrive de sa terre natale, il voit une île perdue, dans le cosmos, il voit un monde magique et merveilleux, il s’attend à ce que cela soit un monde un peu… pardonnez-moi l’expression, présidente, mais un monde « marrant ». Et il voit qu’il est régi par une administration molle, lourde, lente. Alors il se dit qu’il faut remuer tout ça, changer les mentalités. Il se comporte comme un loup dans le poulailler ou, pour reprendre l’expression de Déméter, un rat, oui, un rat dans un nid d’oisillons.

Proudhon grimace. Il est encore plus inquiet de la défense d’Arès que de l’attaque de Déméter.

— Il tue, bon, il tue, mais ses crimes ont rythmé notre vie ces derniers jours. Par la corne de la grande licorne ! Je l’affirme, Proudhon nous a rendu service. Il a offert du spectacle, du suspense, des coups de théâtre. Chacun de ses forfaits nous a obligés à enquêter, réfléchir. Même sa traque a été un grand moment de l’histoire d’Aeden, et tout ça pour le retrouver chez lui sous son lit ! Quelle dérision. Quel sens du coup de théâtre ! Moi je dis : « Chapeau bas monsieur Proudhon, vous êtes un bon. » Et puis son peuple, le peuple des rats ! Vous avez vu son peuple des rats ? Tout un style. Du panache. De l’audace. Là encore je vois un grand metteur en scène du pillage derrière le simple dieu d’un peuple conquérant. Oui, nous avons tous admiré ses hordes de fanatiques fondant sur les villages de civils apeurés et poussant leurs gémissements d’agonie.

Tout en parlant il sourit à l’évocation de ces instants.

— Et vas-y que je te pourfends à la hache, et vas-y que je charge à la lance. Ah, les fillettes amazones, elles en ont pris plein leurs fesses, et en plus le chef qui épouse leur reine ! Joli film. Soyons francs : les invasions de Proudhon ont obligé les autres peuples à s’armer et à trouver des moyens de le contrer. Peut-être que sans Proudhon… on n’aurait même pas eu l’idée d’inventer la guerre sur Terre 18 !

Silence sidéré de la salle.

— Mesdames et messieurs les jurés, vous imaginez un monde sans guerre ? Vous imaginez Terre 18 « peace and love » ? Tout le monde respectant les frontières, tout le monde vivant sans armes, des foules pléthoriques d’enfants même pas équilibrées par des massacres ? Excusez-moi, j’en ai la nausée.

Nouvelles rumeurs. La juge tape du maillet.

— Laissez finir la défense s’il vous plaît. Allez-y, continuez maître Arès.

— Très bien, mon client a tué. Il a même massacré. Il y a même pris du plaisir. Et alors ? qu’y a-t-il de mal à cela ?

Cette fois la salle a du mal à se contenir. Athéna redouble ses coups de maillet.

— Si vous continuez ce chahut, je fais évacuer la salle. Je vous avertis. Laissez la plaidoirie aller à son terme. Et vous, maître, essayez de ne pas tomber dans la provocation gratuite.

— Merci, madame la présidente, de remettre en place ce public de « conventionnels ».

Il a prononcé ce mot avec un rictus dégoûté.

— Oui, Proudhon a été un dieu dont le peuple a éliminé d’autres peuples. Oui, ses mortels avaient une tendance à sacrifier les prisonniers et à violer les prisonnières. Mais que le dieu dont le peuple n’a jamais commis la moindre razzia lui jette le premier coup de foudre.

La phrase produit son effet parmi les Maîtres dieux et les élèves. C’est vrai qu’en dehors de moi la plupart des dieux ont eu recours à la violence gratuite pour imposer leur point de vue à leurs voisins.

— N’as-tu jamais tué, Hermès ? et toi, Déméter ? Et même vous, madame la juge, je crois me rappeler que vous avez connu des conflits d’intérêts qui vous ont amenée à occire plus d’un mortel.

— Ce n’est point là le thème du procès, n’abusez pas de vos prérogatives, maître Arès, poursuivez et qu’on en finisse.

— Vous avez raison. Par moments, on ne peut plus discuter, il faut agir. Joseph Proudhon a agi. Comme nous avons jadis tous agi. Si l’on veut condamner mon client, je crois qu’il faudra aussi condamner tous les dieux qui ont, comme lui, un jour, tué pour dénouer une situation ou pour se distraire dans un monde d’ennui.

Déméter réagit la première.

— Mais Proudhon a triché ! Il n’a pas respecté les règles d’élimination naturelle du jeu. Il a voulu forcer le destin.

Le dieu de la Guerre a un geste d’apaisement.

— D’accord, il a triché. Eh bien moi je dis qu’il a bien fait. Parfaitement : on peut tricher. Seulement il ne faut pas se faire prendre. Donc le seul reproche objectif qu’on puisse adresser à Proudhon c’est de s’être fait prendre.

— C’est cela votre plaidoirie ? demande Athéna, impatiente.

— Non, ce n’est pas tout. Je voudrais attirer l’attention sur un élément de l’enquête. Tout à l’heure Michael Pinson a dit que son voleur d’Encyclopédie était face à lui et qu’il s’est enfui. Alors je pose la question : pourquoi Proudhon, qui serait soi-disant venu pour le tuer, n’a-t-il pas abattu Michael Pinson ?

— Peut-être a-t-il eu un dernier scrupule, propose Athéna. Où voulez-vous en venir, maître ?

— Eh bien, dit le dieu de la Guerre, je voulais dire que mon client, enfin l’accusé, est surtout coupable de maladresse. Et que s’il avait réussi, s’il avait tué tous les autres élèves, on ne se poserait même pas la question de le juger. En tant que vainqueur de la partie, il serait bien au contraire estimé et honoré.

— Vous avez fini, maître ? demande Athéna.

— Oh ! écoutez, tranche Arès, ce n’est pas mon métier, avocat, mais moi je trouve dommage que, par maladresse, pour un dernier scrupule il se soit fait prendre.

— Quelqu’un a-t-il autre chose à signaler ? demande Athéna. Non ? Eh bien nous allons délibérer avec les jurés et…

— Moi, interrompt Proudhon, je veux dire quelque chose.

Athéna le laisse revenir face à elle.

— Je suis ici parce que j’avais l’ambition de créer le premier peuple athée.

— Certes. Mais ils vénéraient quand même la foudre qui les aidait dans les instants délicats, vos athées, rappelle Déméter.

— J’allais les émanciper de ces gadgets.

Le dieu des hommes-rats relève une fois de plus ses lunettes sur son nez luisant. Il regarde à travers la fente qui zèbre l’un de ses verres.

— Je n’aime pas avoir quoi que ce soit au-dessus de moi qui me manipule. Papa, Professeur, Patron, Panthéon. Tous ces « P » ne m’inspirent que Profond Pathétisme.

Son visage prend une expression plus fière. Etrangement, avec son nez long, il me rappelle soudain le faciès d’un rat. Serait-il possible que les totems de nos peuples finissent par déteindre sur nos visages ?

— Je sais déjà que je vais être condamné. Parce que c’est le plus simple, le plus facile, ce qui rassurera tout le monde. L’anarchiste qui dit « ni dieu ni maître » se retrouve comme par hasard l’assassin de dieux, c’est cousu de fil blanc… À vous entendre je suis un démon.

Il déglutit sous l’effet de l’émotion.

— Je tiens à vous rappeler que j’ai été libéré moi aussi du cycle des réincarnations. J’ai moi aussi sauvé les âmes de mes clients. J’ai moi aussi été ange. Je suis un dieu. Si vous me tuez, ce sera vous les déicides.

Son regard devient dur, il inspire bruyamment.

— J’ai encore quelque chose à dire : même si je n’ai pas commis ces crimes, finalement je le regrette. Si c’était à refaire, je les accomplirais. Je renie cet enseignement censé nous apprendre à devenir des dieux serviles, je renie mes congénères, je renie l’utilité même de cette île. J’ai lutté durant toute ma vie de mortel pour détruire tous les systèmes d’asservissement de l’homme. Je ne m’arrêterai jamais.

— Vous étiez, me semble-t-il pourtant, un dieu dur et directif. Comme « libérateur de l’asservissement » on a vu mieux, ironise Athéna.

— Parce que, en début de partie, je savais que je n’avais pas le choix. Je voulais utiliser les armes du système contre le système, me soumettre aux règles iniques de votre jeu pour le détruire de l’intérieur. J’ai échoué, voilà ma seule faute. J’aurais, il est vrai, aimé monter une grande armée qui ravage les autres peuples pour leur imposer la loi d’un seul chef. Ensuite j’aurais révélé que la loi de ce chef était l’absence de lois.

— Comment arrivez-vous à concilier le concept d’anarchie avec celui de « chef » anarchiste ? interroge Athéna.

— Le système avance par paliers. J’aurais créé une telle dictature que par réaction l’anarchie serait spontanément apparue. Telle est mon utopie. Pousser une erreur jusqu’à son terme pour créer le réflexe salvateur.

— Pas sot, dit Arès, ce garçon est un pionnier.

— Beaucoup de tyrans ont utilisé cet argument fallacieux, dit Déméter. Mais une fois créée la dictature, ils s’y sont ancrés et il n’y a pas eu de « réflexe salvateur » comme vous dites. Je n’en voudrais pour preuve que le communisme qui, au nom de l’égalité de tous, a établi un Soviet suprême, un président du Soviet suprême semblable à un roi, et des cadres du parti pareils à des barons et des ducs médiévaux. Ils ont appelé cela la « dictature du prolétariat », ce n’était qu’une dictature tout simplement.

L’accusé rentre la tête dans les épaules.

— Je hais le communisme, dit Proudhon. J’ai vu depuis l’Empire des anges ce que cette idéologie a donné après ma mort. Ce sont eux qui ont tué en Russie le plus d’anarchistes. Ils en ont tué plus que le tsar.

On proteste brusquement dans le public.

Athéna réclame le calme. Proudhon s’énerve.

— Attendez, c’est mon procès en tant que déicide ou celui de l’anarchisme comme idée subversive ?

— L’anarchisme n’est pas encore consommable par l’homme car l’homme n’est pas prêt à vivre sans lois ni police, sans militaires et sans justice, tranche Déméter. L’anarchisme est une récompense pour des êtres autonomes, civiques. Mais il suffit qu’il y ait un seul tricheur dans une communauté pour que l’anarchie ne soit plus praticable. D’ailleurs, regardez, à cause de vous la police et la justice ont été renforcées ici en Aeden. Vous êtes le plus mauvais garant des libertés. Si vous n’étiez pas là, la surveillance des centaures se relâcherait et chacun deviendrait responsable de ses actes. Mais non, à cause de vous il faut continuer à traiter tous les élèves dieux comme une école d’enfants irresponsables et turbulents.

Il veut répondre mais la déesse-procureur l’interrompt d’un geste.

— L’histoire de la Terre a montré que l’anarchisme a toujours été dénaturé par des gens comme vous. Vous croyez défendre une belle idée, vous ne faites que la discréditer. On n’obtient rien d’intéressant par la violence, a fortiori sur des civils ou des innocents.

Mais Proudhon ne s’avoue pas aussi facilement vaincu.

— Si, j’ai déjà gagné. Ne serait-ce que par ce procès où je peux enfin exprimer clairement mes idées. Je me souviens du procès des Communards et déjà à l’époque…

Athéna s’irrite.

— Nous ne sommes pas là pour refaire l’histoire de Terre 1. Vous avez avoué vous-même que vous vouliez détruire notre communauté d’Olympie, Maîtres dieux et élèves dieux ! Cela suffit amplement.

— Je n’ai plus rien à perdre, je sais que je vais être condamné, alors vous voulez que je vous dise, madame la juge ?… (Son regard est de plus en plus dur.) Je ne suis pas le déicide, mais… je regrette de ne pas l’être. Et si je l’avais été, je n’aurais pas essayé de tuer seulement les élèves, les professeurs auraient eu leur tour.

Brouhaha scandalisé dans l’assistance et parmi les jurés.

— J’aurais incendié toute cette île, pour qu’il n’en reste rien, ni dieux ni maîtres. Que des cendres. Oh, comme je regrette de ne pas avoir consacré toute mon énergie à cette noble entreprise ! Tuez-moi. Si vous ne me tuez pas, sachez que maintenant je n’aurai de cesse que de détruire ce lieu maudit.

Athéna se racle la gorge, puis :

— Vous avez terminé ?

— Non, un dernier mot. Crevez tous. Et si le vrai déicide m’entend, je l’implore de passer à la vitesse supérieure et de transformer cette île en souvenir. Aeden doit être détruite. Et que personne n’en réchappe.

Là-dessus les centaures s’emparent à nouveau de lui sans ménagement et le poussent dans sa cage.

Les jurés délibèrent rapidement. Puis Athéna énonce le verdict :

L’accusé est reconnu coupable de tous les crimes évoqués durant ce procès. À la demande du procureur nous avons cherché pour lui une peine plus sévère que celle infligée à Prométhée. Nous l’avons trouvée.

Elle semble néanmoins gênée de prononcer la sentence.

Lorsque la déesse de la Justice annonce la punition, tout le monde est stupéfait.

Proudhon s’égosille :

— Non, pas ça. Tout mais pas ça ! Je regrette, j’avouerai tout ce que vous voudrez, je suis prêt à faire pénitence. Je ne pensais pas ce que j’ai dit. Non, pas ça ! Je vous en supplie, vous n’avez pas le droit. Je suis innocent.

Il se débat derrière les barreaux.

Les centaures eux-mêmes sont hébétés par l’ampleur du châtiment.

Les cris de Proudhon résonnent dans toute la cité d’Olympie :

— NON, PAS ÇA ! VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT !

Athéna se lève, et sa voix de bronze couvre la rumeur de stupéfaction :

— Et je veux que tout le monde sache que quiconque aura un comportement similaire sera passible de la même peine.

Proudhon hurle à s’en déchirer les cordes vocales :

— NOOOOOOOON !

Nous restons assis sur nos bancs. Terrassés.

Le Souffle des Dieux
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